dimanche 8 décembre 2013

Chapitre 4

Nous marchâmes donc ensemble vers la place. Le chemin caillouteux crissait sous nos pas. L'odeur de fumée, de poussière, celle du bâtiment ne semblait pas vouloir quitter l'air. Ce dernier était respirable, mais la culpabilité m'empêchait de souffler tranquillement. Après tout, un bâtiment s'était écroulé !
-Evaline...
Je failli sursauter. Mais c'était simplement Logan. Je levais les yeux pour le regarder. Depuis toujours, les gens m'appelaient par un diminutif ; Eva, Eve, Line. Lui, ne l'avait jamais fait. Dès les premiers jours, il m'avait appelée Evaline. Evaline, Evaline, encore et toujours Evaline. C'en était presque écœurant, mais je m'y était faite.
-Oui ?
-En fait, je me posais une question. Tu permets ?
-Bein... Vas-y toujours.
J'ai toujours peur quand on me pose cette question.《Je peux te parler ? 》《Je peux te poser une question ?》
-Pourquoi.. La maison d'Ingrid s'est, je dis ça comme ça, hein, mais pourquoi elle à fait boum par terre ?
Je me mis à rire. Il avait prononcé ces mots avec une légèreté hilarante, comme si ce n'était pas important.
-Comment t'expliquer...
Il se planta devant moi - comme il le faisait toujours pour ses blagues.
-Laisse-moi deviner ! C'est...
-Une longue histoire, je sais, je sais, dis-je en rigolant.
-Exactemeeent, fit-il.
Nous nous mîmes à rire, sachant tous les deux combien de fois cette blague était sortie d'une de nos bouches. Nous reprîmes la route, en proposant des hypothèses plus stupides les unes que les autres sur notre folie.

°°°
Nous arrivâmes sur la place quelques instants plus tard. Elle était bondée, et nous dûmes nous frayer un chemin pour rejoindre un endroit à l'ombre - la chaleur commençait à devenir étouffante. 
De là ou nous étions, nous percevions les caisses remplies de nourriture que les employés (de qui, au fait ? Nous les appelions les employés sans réellement savoir pourquoi) allaient nous donner. Fait étrange, aucune personne mieux habillé que le reste des employés -costume sobre, mais c'état toujours ça de mieux que les blouses hideuses des autres. Cette personne était censée nous annoncer des nouvelles qui nous concernaient. Je le savais, mais jamais je n'avais eu à vivre ce genre de moment...
Enfin, un homme du type costume-cravate apparu. Il avait l'air stressé. Sa démarche était saccadée. Son souffle, que nous entendions à travers un micro installé pour qu'il se fasse entendre, l'était encore plus. En fait, il était comme n'importe quelle personne se faisant jeter dans une cage remplie de fauves. Il avait peur des infections, peur de nous.
Peur de la mort.
Cette mort que nous allions lui refiler. S'il portait un élégant costume, à l'inverse de ses compatriotes Adultes, il n'était pas protégé par une de leur blouse. Vulnérable. Il le savait, nous aussi. Certaines personne, dont moi, évitaient d'approcher ceux qui étaient envoyé ici. Ce n'était as pas dégoût, ou quelque autre sentiment de ce genre, mais pas respect. S'ils n'étaient pas protégés, c'était qu'ils allaient mourir. Nous le faisions pas respect.
Comme pour Katerina... 
Je sentis une larme percer au coin de mon œil. Hors de question de penser à elle deux fois dans la même journée... Surtout avec les filles désagréables d'à côté - le maquillage en ces temps de quasi famine, c'est tellement important. Tellement. 
L'homme-costume fis de son mieux pour parler clairement. Il bafouillait, tout en lâchant son discours habituel, celui que tous les autres avait débité. 
Enfin presque le même discours. J'avais cru que c'était le même, à cause de son bafouillage, sa peur, son envie très apparente de s'enfuir d'ici ses jambes à son coup. Mais il ne prononçait pas les mots habituels.
Il était en train de nous dire qu'il n'y aurait pas de ravitaillement ce mois-ci. 
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Bon, je travaille déjà sur la suite, elle arrive aussi vite que possible ! :)

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